Sensor de Junji Ito

Fiche

  • Titre : Sensor
  • Auteur : Junji Ito
  • Editeur : Mangetsu
  • Date de publication française : 1 septembre 2021
  • Type : Shojo
  • Genre : Horreur / Suspense
  • Nb de volumes parus : 1

Résumé

La belle Kyôko Byakuya se promène seule au pied du mont Sengoku, parmi des tourbillons de mystérieux filaments volcaniques aux reflets d’or. Au détour d’un chemin, elle tombe nez à nez avec un homme aux propos décousus qui semble l’attendre pour l’inviter dans son village. Ses habitants y vouent un étrange culte au dieu Amagami et son missionnaire persécuté sous l’ère Edo. Cette nuit-là, lorsque Kyoko lève les yeux vers le ciel avec les autres villageois, une nuée de fibres d’or envahit le firmament.
Ce n’est que le premier incident d’une série terrifiante qui s’apprête à bouleverser la réalité telle qu’on la connaît ! Le monde tombera-t-il sous le joug de la mystérieuse Kyôko ?

Mon avis

Après l’annonce de l’arrivée de Mangetsu, nous avions assez rapidement eu vent du retour d’un auteur majeur de l’horreur sur les territoires francophones en la personne de Junji Ito. Un retour attendu par bon nombre de lecteurs pour découvrir ou redécouvrir le travail de ce mangaka et pour lequel Mangetsu a décidé de mettre le paquet en mettant en place une collection dédiée à l’auteur. Une collection se voulant luxueuse en proposant un écrin de qualité (j’y reviendrai en fin d’article) pour l’ensemble des œuvres à paraitre, signe de l’intérêt et des espoirs que fonde la jeune branche manga de Bragelonne en publiant Ito. Pour ma part, ce retour signait l’opportunité de pouvoir lire et me confronter à l’univers torturé de Ito. Et si j’attendais avec beaucoup d’impatience la sortie de Tomié, les aléas de la vie et des sorties ont finalement fait que c’est avec Sensor que je me lance finalement dans la découverte du monde d’Ito.

Prépublié à partir de 2018 dans le magazine Nemuki+, Sensor qui n’était à ce moment là pas encore Sensor (j’y reviendrai plus loin) est une œuvre très récente du mangaka, dont la version reliée est sortie en 2019 au Japon. C’est en 2021 que l’œuvre arrive chez nous via Mangetsu, 2eme parution au sein de la collection Junji Ito de l’éditeur.

Dans Sensor on suit tout d’abord une jeune femme, Kyoko Byakuya, qui se balade sans trop savoir pourquoi ni comment elle se retrouve là où elle se trouve comme guidée par un esprit supérieur. Loin de s’arrêter à ce premier fait étrange, elle croise un homme au détour de sa balade qui semble la connaitre et la guide jusqu’à son village. Un village sur lequel tombe des filaments volcaniques qui ressemble à s’y méprendre à des nuées de cheveux blonds, et qui sont pour les habitants la manifestation du dieu Amagami. Après un rituel permettant aux habitants de se connecter entre eux pour retrouver le martyr Miguele et une rencontre avec une maléfique et gigantesque forme noir, on se retrouve plusieurs années plus tard avec la jeune Kyoko sortant d’un cocon au beau milieu du village qui a disparu depuis 60 ans.

Si les premières pages nous entrainent aux côtés de l’envoutante Kyoko, rapidement nous n’aurons de cesse de la pourchasser au travers de l’enquête de Wataru Tsuchiyado, un journaliste qui décide de pousser les recherches autour du mystère de la jeune femme. Elle qui avait fait les gros titres lors de sa découverte, s’était évaporé dans la nature quelques temps après. Si en se rendant sur les lieux de l’ancien village, il tombe sur la jeune femme, il se retrouvera embarqué dans des histoires de sectes occultes qui semblent en avoir après celle ci…

À travers chacun des chapitres, Ito nous embarque dans des peurs différentes. Si la recherche dans la jeune femme et l’enquête reste un fil conducteur, chaque chapitre est l’occasion d’explorer une facette différente de l’horreur. Le côté ésotérique et la peur de l’immensité de l’univers avec l’inconnu que cela représente reste présent tout au long du récit. Que ce soit avec les villageois qui tentent de retrouver lors de leur séance de méditation collective la trace de Miguele ou avec la secte Blue indigo qui cherche à obtenir la connaissance ultime en cherchant les annales Akashiques, Ito nous entraine aux confins de l’univers, de ses mystères et de la folie qui semble indissociable de la connaissance absolue. Je n’ai pu m’empêcher de penser aux Anciens de Lovecraft avec leurs immenses bibliothèques qui concentrent toutes les connaissances quand le mangaka nous parle des annales Akashiques d’ailleurs.

Mais j’ai trouvé beaucoup plus angoissant le chapitre qui traite d’une sorte de légende urbaine dans laquelle en inclinant les miroirs de courtoisie dans les rues il serait possible d’être suivi par une personne depuis n’importe quel endroit. Ajoutez à cela le retour d’une ancienne collègue du journaliste qui l’a harcelé 5 ans auparavant et qui a disparu dans la nature suite à une procédure d’éloignement et vous obtenez un résultat qui me parle bien. Comme pour la partie où Ito nous emmène dans un restaurant au bord d’une falaise où les gens ont la fâcheuse tendance à venir faire le grand saut, personnes qui se réincarnent ensuite dans les insectes qui pullulent dans le secteur. Ces 2 chapitres étaient pour moi au dessus du lot en tout cas, mais nos craintes et ce qui nous fait frémir reste différent selon nos sensibilités.

Au delà de l’œuvre en elle même, Mangetsu offre un très bel écrin aux oeuvres du mangaka : couverture rigide, jaquette avec dorure et vernis sélectif, grand format, un papier de qualité, préface et postface. Pour le papier je n’avais pas pris l’édition de Tomié mais j’avais vu que des retours avaient été fait sur le papier qui n’était pas assez épais et force est de constater que l’éditeur a écouté les retours et revu sa copie dès le second volume de la collection (je crois d’ailleurs qu’un nouveau tirage de Tomié a été fait et bénéficie aussi de ce changement de papier mais à confirmer). Si la préface est l’occasion d’un petit mot de Kojima, je reste surtout friand de la postface. C’est pour moi un truc indispensable dans une édition de qualité. Alors oui ce n’est pas nécessaire pour tous les titres mais avoir le ressenti d’une autrice ou d’un auteur sur l’écriture ou avoir des clés pour analyser/appréhender une œuvre, et là je suis comblé!

Tout d’abord on retrouve une postface de Junji Ito qui nous parle de l’écriture de Sensor. Une écriture compliquée puisque les personnages ont souhaité s’émanciper. Et je trouve que ça se sent à la lecture. La mystérieuse Kyoko Byakuya avait pour vocation d’être le personnage principal du récit mais elle vite devenue aussi insaisissable que ce que l’on voit dans le récit, n’en faisant qu’à sa tête au grand dam de son créateur, l’obligeant même à revoir le titre de son manga.

Si le ressenti du mangaka est intéressant et indispensable, la seconde partie écrite par Morolian l’est tout autant pour pouvoir mieux comprendre et analyser l’œuvre de l’auteur. En tout cas pour ma part, en tant que néophyte de Ito, cela m’a paru fort instructif et nécessaire pour comprendre un peu mieux le fonctionnement et les inspirations du maitre de l’horreur. Une excellente recrue pour cette collection!

Pour une première dans l’univers de Junji Ito c’est une réussite, il me manque forcément du recul sur l’auteur pour pouvoir mettre en perspective ce récit avec d’autres, mais la lecture fut plaisante et j’y retrouve en partie ce qui me plaisait dans mes errances Lovecraftiennes. Et ici aussi on joue beaucoup sur cette fameuse horreur cosmique qui nous laisse sans réponse, avec seulement nos interrogations et nos peurs. Un récit que je relirai sans aucun doute une fois que j’aurai un bagage plus important. Du côté de la collection et de l’édition c’est un grand oui pour moi comme je vous l’ai dit tant au point de vue de la qualité de l’objet que de son contenu.

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