Search & Destroy de Atsushi Kaneko

Fiche

  • Titre : Search & Destroy
  • Auteur : Atsushi KANEKO
  • Editeur : Delcourt / Tonkam
  • Date de publication française : 3 Février 2021
  • Type : Seinen
  • Genre : SF / Action
  • Nb de volumes parus : 2 (En cours de parution)

Résumé

À Hachisuka, ville qui pullule de robots, Doro, petit orphelin chapardeur, est pris en flagrant délit alors qu’il tente de cambrioler l’antre de créatures yakuzas… Une jeune fille, à première vue ni humaine ni créature, apparaît alors devant lui, les yeux injectés de colère. Dotée de quatre membres mécaniques qui cachent des armes surpuissantes, elle assaille sans hésiter Kick, le parrain du gang…

Mon avis

Vous commencez à connaitre avec le temps mon intérêt grandissant pour les œuvres de Tezuka mais au delà des mangas du maitre, il y a son impact sur le manga moderne dans les codes qu’il a su insuffler et qui sont toujours utilisés aujourd’hui. Mais plus encore certaines de ces oeuvres sont aujourd’hui réinterprétées par certains mangakas. Et aujourd’hui c’est à une de ces oeuvres que je m’attaque avec Search & Destroy. Un manga que j’ai lu à sa sortie en début d’année sur les conseils avisés de Vagabond et Deuffman, 2 fins connaisseurs du mangaka. Le temps passant à une vitesse folle et une chose en entrainant une autre ce n’est que 6 mois plus tard que je reviens sur ce titre ultra punchy!

Sorti en 2018 au Japon, dans le cadre du 90eme anniversaire de la naissance de Tezuka, Search & Destroy arrive chez nous en février 2021. Et la date n’a pas été laissée au hasard puisque Delcourt a eu la bonne idée de faire coïncider la sortie du manga de Kaneko avec Dororo de Tezuka dont le manga Search and Destroy reprend l’idée de départ. Bonne idée car il permet à celles et ceux qui le souhaitent de découvrir les 2 oeuvres de manière simultané sans pour autant que cela soit un passage obligé pour pouvoir pleinement profiter du manga de Kaneko. Car si le mangaka reprend la base du récit de Dororo et la qûete de Hyakkimaru, il nous propose un tout autre univers et un ton bien différent.

Là où Tezuka nous contait la quête de Hyakkimaru et son combat contre des démons pour récupérer ses 48 membres dans un japon médiéval, Kaneko a choisi lui une ambiance bien différente. On se retrouve dans un monde post-apocalyptique cyberpunk, dans une ville assez crado aux airs d’ex-dictature. C’est dans cette ambiance si particulière que nous allons faire connaissance avec Doro un petit voleur qui tente de survivre dans une société mêlant humain et « Creech » (robots). Il va tenter de voler un Creech plutôt influent de la ville mais alors qu’il allait être puni après avoir été pris la main dans le sac, surgit de nulle part une femme à l’allure étrange. Un corps constitué d’une multitude de pièces mécanique qui cache pourtant une humaine, Hyaku! Sans crier gare la voila qui découpe les creech qui se mettent entre elle et sa cible Kick le chef de la bande, sauvant au passage le jeune Doro. Mais si Hyaku en avait après Kick c’était dans le but de récupérer la langue de ce dernier qui arborait fièrement une langue humaine… celle de la jeune humaine! Hyaku va se lancer dans une quête de vengeance pour récupérer les 48 parties de son corps qui lui ont été dérobées!

Sans aller plus avant dans le récit, aucun doute sur l’histoire, on est bien en présence des grandes lignes de Dororo. Même du côté des noms des personnages Kaneko nous laisse en territoire quasi connu avec Dororo devenu Doro et Hyakkimaru devenu Hyaku. Mais bien loin de vouloir absolument coller à l’oeuvre originale et nous livrer ainsi une pale copie du Dororo de Tezuka, Atsushi Kaneko nous livre sa version bien plus sombre et violente. Dès les premières pages le doute n’est plus permis, on reconnait rapidement la patte graphique du mangaka et c’est ce qu’on veut! Une ligne claire dans la lignée du style de Charles Burns (merci Vagabond pour la réf!) avec ce trait épais séparant les zones d’un noir profond de celles toute blanches. Un régal pour les yeux!

La mise en scène est totalement maitrisée et si on ne connait pas l’histoire de Dororo on peut se demander pourquoi le mangaka insiste autant avec des gros plans sur la langue de Kick par exemple au début de l’histoire, mais sinon on se rend vite compte que le mangaka mais très largement en évidence la véritable cible de Hyaku et idem pour les yeux ensuite. Ces gros plans mettent une couche supplémentaire je trouve sur le côté un crado de l’ambiance de la ville. On en sentirait presque l’odeur nauséabonde qui se dégage des Creech!

Mais j’irais plus loin que ça dans mon ressenti lors de cette lecture, ici clairement on est en présence d’une ré-interprétation qui surpasse pour moi l’oeuvre d’origine. Si Dororo et Hyakkimaru ont un parcours qui les mènera à traverser leur pays et devront se confronter à certaines aberrations nous poussant de notre côté à la réflection (rejet de l’autre pour ses différences, stupidité de l’humain, guerre, etc…), la vengeance de notre jeune garçon me semble presque trop tranquille et surtout il semble lui même relativement calme pour une personne dont les démons se sont partagés à peu près tout le corps. Mais ici Hyaku ne va pas faire dans le détail et elle est animée d’une rage folle qui me semble bien plus en adéquation avec le postulat de départ. Notre héroïne est ultra badass et n’a rien à envier à l’équipement de sa version masculine, les combats sont intenses, violent et pleins de cette détermination que traine Hyaku. Pas de sentiment, ça va frapper fort et ils payeront tous.

Notre rencontre avec Hyaku est pour moi assez frappante de cette colère qu’elle a en elle, elle ne décroche pas un mot, découpe à tout va ceux qui s’interpose et comme un cri du coeur retenu trop longtemps décroche un « ça c’est à moi » avant de tuer le Creech Kick et récupérer sa langue. Et si dans un premier temps Kaneko nous dépeint une héroïne taciturne et qui ne vit que pour sa vengeance, on va dans un deuxième temps basculer dans un flashback nous permettant de mieux appréhender le personnage et son vécu. Tout cela redonnant un peu d’humanité à Hyaku jusqu’alors plutôt présenter comme une bête enragée, une véritable machine à tuer.

Premier contact lors de ma lecture avec Kaneko, c’est sans nul doute une de ces oeuvres qui a réussi avec brio à échapper au poids du titre qu’elle adapte. Plus qu’un simple hommage à Tezuka et son Dororo, Kaneko nous prouve avec Search & Destroy qu’il est bien plus que cela. Un trait ultra nerveux, un rythme effréné, une atmosphère oppressante et sale, une vengeance violente à souhait, bref un titre à lire sans modération et sans pour autant avoir lu Dororo. Une grosse claque et de mes coups de coeur de l’année!

9 commentaires sur “Search & Destroy de Atsushi Kaneko

  1. Je connaissais que de titre, car c’est le même auteur de Wet Moon (que j’avais bien aimé à l’époque). Si ça part de l’idée de base de Dororo, je suis hyper emballé, surtout qu’ici l’auteur le met à sa sauce et ce pas un simple copier/coller

    Tu vends très bien le titre, je vais m’y pencher prochainement 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Ah bah tu vois là je t’invite fortement à investir! Franchement t’avais aimé Dororo mais je trouve Search & Destroy au dessus. Si t’avais bien aimé Wet Moon et que t’es donc pas rebuté par le style graphique fonce! C’est en seulement 3 tomes en plus !

      Aimé par 1 personne

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